Porteur d’âmes


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                                                  Photo  Sebastiao Salgado (Brasil)
Je suis le frêle porteur d’âmes, vous me trouverez au hasard d’un méandre amazonien émergeant de la mangrove, corps torturé, membres distordus, je suis fait de bois en partie minéralisé par les ocres , les rouges brasil, les marrons et les gris.
Tel un gisant immobile en apparence, mon souffle dévoré par l’incendie, mon ombre se projette dans l’avenir incertain. Pour m’atteindre il faut s’aventurer loin du bateau et de son sol secure, franchir la frontière entre le connu et l’inconnu, mettre ses pieds dans la boue bienfaitrice et cheminer parmi les racines immenses aux formes fantasmagoriques, quitter tout, se dépouiller de ses oripeaux modernes qui entravent le corps, l’étouffent et le rendent en esclavage.
Visage buriné, mains larges crevassées par la misère, je vous attends là au seuil de mon domaine, empli de souvenirs, de rages et de peines.
Je suis votre devenir vous qui dormez dans vos villes de béton et ne prenez conscience de l’intérêt de la vie qu’au jour de votre mort. Ici les troncs entrelacés aux formes humaines offrent le spectacle de la désolation et de l’inconséquence.
Seul, je vous suivrai partout dans vos songes et vos rêves, comme un remords je hanterai vos nuits jusqu’à rendre présent votre futile oubli.
M.Rans-Sbreccia
Dune-de-sable_reference
Sahara – Vieux Nice
Dans les nuits de grande solitude, il arrive parfois que les gardiens des songes dans leurs guérites s’assoupissent. C’est l’instant que choisissent les démons cachés sous les voiles ouvragés des intentions propices. Ils se lèvent et surgissent au sommet des dunes de la lune, en direction des précipices, brandissant les armes jusque là dissimulées sous leurs gandouras brodées. Ils arborent leurs chèches en coton roulés sur le front, et dégainent leurs cimeterres dentelés. Lentement, en silence, avides de sang, ils descendent vers la ville aux murailles endormies élevant les fers au dessus de leurs têtes.
Sans bruit, corps noués ils glissent sur le sable comme des nefs de sel . Scorpions amers, chacals patients retenant leurs cris, ils envahissent les pistes, comme avant eux leurs frères de Carthage, ils ont dans l’âme la haine de l’étranger. Ces ombres assoiffées de débauche s’engouffrent dans les ruelles étroites et blanches où plus personne ne veille. Ils longent les jardins engourdis où de stupeur l’eau des fontaines se fige, et sous les moucharabiehs des belles alanguies, tels des fantômes ils se dressent aux aguets. Dans leurs yeux se lisent les désirs coupables que les dieux bannissent, la nuit complice les protège et leur livre leurs proies. En silence, ils attendent le signal du carnage dans l’ombre du minaret….
C’est l’instant que choisit ma voisine indélicate pour ouvrir ses volets…
M. Rans-Sbreccia
00131
Des rives…
Je suis ce vieux gréement déchiré, drossé par tous les vents, qui exhibe ses cicatrices sinistres comme pavillons sur sa coque défoncée, et dérive orphelin de ses ancres rouillées, détaché des bouées protectrices.
Je n’irai plus au delà des côtes aquitaines, vers les pays de pirates, de barbus galiciens séniles et méprisants. Je serai oublieux des fruits exotiques, des mélanges incongrus et des chaleurs humides. Mes vieux os s’exaspèrent à faire flotter la structure, vertèbres éphémères, volonté sans gouvernail, je dérive et me cabosse au hasard des corps morts qui flottent à la surface.
M.Rans-Sbreccia
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