L’origine du Monde

 

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Un univers de vide….Espace sans fin…..Rien
Le Passé…Le Présent…Le Futur ; confondus dans l’Ether…
Eternelle certitude du Néant…
Abrasion des différences, uniformité, symphonie du Silence, absence infinie de sons…
Et….
Soudain…Venant de nulle part et s’imposant sur tout, comme un désir inassouvi,
Un besoin n’acceptant aucune autre évidence…
Une soif d’artifices…:

Un point.

Réceptacle du Tout, placenta nourricier du devenir…
Départ

L’oiseau

PapedeLouisiane

L’oiseau

ce matin au réveil,
un oiseau exotique
piaille inlassable,sur une branche déplumée;
seul, apeuré, affamé, il pleure
étranger égaré, incongru volatil
c’est l’hiver.

Pajarito vétu d’amarillo
et de vert rio
il lance ses cris,
et sur sa branche,
domine les pierres tombales,
face à mes fenêtres,
le rideau est levé.

Demain ce sera toi
envoyé d’Obatala
et dans combien ce sera moi ?

Des rives

 

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Des rives…
Je suis ce vieux gréement déchiré, drossé par les vents, qui exhibe ses cicatrices sinistres comme pavillons sur sa coque défoncée, et dérive orphelin de ses ancres rouillées, détaché des bouées protectrices.
Je n’irai plus au delà des côtes aquitaines, vers les pays de pirates, de barbus galiciens séniles et méprisants. Je serai oublieux des fruits exotiques, des mélanges incongrus et des chaleurs humides. Mes vieux os s’exaspèrent à faire flotter la structure, vertèbres éphémères, volonté sans gouvernail, je dérive et me cabosse au hasard des corps morts qui flottent à la surface.

« Tengo » de Nicolas Guillen

Tengo

Cuando me veo y toco
yo, Juan sin Nada no más ayer,
y hoy Juan con Todo,
y hoy con todo,
vuelvo los ojos, miro,
me veo y toco
y me pregunto cómo ha podido ser.

Tengo, vamos a ver,
tengo el gusto de andar por mi país,
dueño de cuanto hay en él,
‘mirando bien de cerca lo que antes
no tuve ni podía tener.
Zafra puedo decir,
monte puedo decir,
ciudad puedo decir,
ejercito decir,
ya míos para siempre y tuyos, nuestros,
y un ancho resplandor
de rayo, estrella, flor.

Tengo, vamos a ver,
tengo el gusto de ir
yo, campesino, obrero, gente simple,
tengo el gusto de ir
(es un ejemplo)
a un banco y hablar con el administrador, no en inglés,
no en señor,
sino decirle compañero come se dice en español.

Tengo, vamos a ver,
que siendo un negro
nadie me puede deterner
a la puerta de un dancing o de un bar.
O bien en la carpeta de un hotel
gritarme que no hay pieza,
una mínima pieza y no una pieza colossal,
una pequeña pieza donde yo pueda descansar.

Tengo, vamos a ver,
que no hay guardia rural
que me agarre y me encierre en un cuartel,
ni me arranque y me arroje de mi tierra
al medio del camino real.

Tengo que como tengo la tierra tengo el mar,
no country, no jailáif,
no tennis y no yacht,
sino de playa en playa y ola en ola,
gigante azul abierto democrático:
en fin, el mar.

Tengo, vamos a ver,
que ya aprendí a leer,
a contar,
tengo que ya aprendí a escribir
y a pensar
y a reir.
Tengo que ya tengo
donde trabajar
y ganar
lo que me tengo que comer.
Tengo, vamos a ver,
tengo lo que tenía que tener.

(ma traduction)

J’ai

Quand je me vois et que je frappe,,
hier Jean sans Rien ni plus,
et aujourd’hui Jean avec Tout,
et aujourd’hui avec tout,
je tourne les yeux, je regarde,
je me vois et je frappe
et je me demande
comment cela a pu être.

J’ai, allons voir,
j’ai le plaisir de marcher dans mon pays,
maître de ce qu’il a en lui,
en regardant bien de près, ce qu’avant
je n’ai pas eu, ni ne pouvait avoir.

je peux dire une récolte de canne à sucre,
je peux dire une montagne ,
je peux dire une ville,
dire une armée,
maintenant miens pour toujours et les tiens et les nôtres,
et un large éclat
de rayon, d’étoile, de fleur.

J’ai, allons voir,
j’ai le goût d’aller
moi, paysan, ouvrier, personne simple,
j’ai le goût d’aller
(c’est un exemple)
Dans une banque et de parler à l’administrateur, non en anglais,
non en Monsieur,
mais de lui dire camarade comme on dit en espagnol.

J’ai, allons voir,
qu’en étant un Noir
personne ne peut me retenir
au seuil d’un dancing ou d’un bar.

Ou bien à la reception d’un hôtel
me crier qu’il n’y a pas de chambre,
une petite chambre non pas une chambre colossale,
une petite chambre où je peux me reposer.

J’ai, allons voir,
Qu’il n’y a pas de garde champêtre
Qui m’attrape et m’enferme dans une cellule,
Ni me déloge et me chasse de ma terre
Sur le passage du chemin royal.
J’ai que comme j’ai la terre j’ai la mer,
No country, no jailaif
No tennis et no yacht
Mais de plage en plage et de vague en vague,
Géante, bleue, ouverte, democratique :
Tout au bout , la mer.

J’ai, allons voir
que maintenant j’ai appris à lire,
à raconter,
j’ai que maintenant j’ai appris à écrire,
et à penser ,
et à rire.
J’ai que maintenant j’ai
où travailler
et à gagner
ce que j’ai à manger

J’ai, allons voir,
j’ai ce qu’il fallait que j’ai.

Poésie de Nicolas Guillen

 

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Nicolás Cristóbal Guillén Batista est né à Camaguey (centre de Cuba) en 1902. Il fut avocat et journaliste, il participa à la Guerre d’Espagne aux côtés des républicains. Opposé à Batista il vécut en exil de 1952 jusqu’au triomphe de la révolution castriste. De retour à Cuba il fut décrété poète national…

 

Extrait de « Todas las flores de Abril »

Nada

El tiempo pasa silencioso
Con un pasar de agua nocturna
Y ve mi frente taciturna
Y ve mi pecho sin reposo

En ese tiempo silencioso
Hundo mi voz de agua nocturna
Pongo la frente taciturna
Reposo el pecho sin reposo

Guardo mi pena en el penario
Guardo mi alma en el armario
Guardo mi voz como una espada

Ya nada tengo, nada quiero
Ya nada busco, nada espero
Nada

Y ya era rico. Yo tenia
Una guitarra de agua pura,
Un ruisenor en la espesura
Y el gran fulgor del mediodia.

Pero perdi lo que tenia
El ruisenor y el agua pura
Y la guitarra y la espesura
Se me hizo noche el mediodià.

Pido limosna. Pero en vano
Tiendo la voz, abro la mano.
Comprende usted, desmemoriada ?

Ya nada tengo, nada espero
Ya nada busco, nada quiero.
Nada

 

Traduction

Rien,
Le temps passe silencieux
Avec un écoulement d’eau nocturne
Et vois mon front taciturne
Et vois ma poitrine sans repos.

En ce temps silencieux
Je baisse ma voix d’eau taciturne
Je prends un front taciturne
Je repose ma poitrine sans repos.

Je garde ma peine dans le pénitencier
Je garde mon âme dans l’armoire
Je garde ma voix comme une épée.

Maintenant je n’ai rien, je ne veux rien
Maintenant je ne cherche rien, je n’espère rien
Rien.

Et alors j’étais riche, j’avais
Une guitare d’eau pure
Un rossignol dans les fourrés
Et le grand éclat du midi.

Je quémande une aumône. Mais en vain
J’élève la voix, ouvre la main.
Comprenez-vous, distraite ?

Maintenant je n’ai rien, je ne veux rien
Maintenant je ne cherche rien, je n’espère rien
Rien.

Remembrance

Le monde a peur
et la terreur verse les pleurs…
Je me souviens
de ces chemins de Tunisie
au soleil couchant,
des rires d’enfants
et du vélo qui cahotait
sous les caroubiers
dans l’insouciance de mon enfance
puis vinrent les bombes
et le départ vers l’inconnu
une France, ma France
terre d’accueil qui se refuse
je t’ai aimée malgré toi
ma douce,
et de nouveau l’ombre de la haine
qui se déchaine
et cette peine qui se diffuse,
je sens ta force ma Terre de France
de différences,
et je prie pour tes souffrances.

T.Sbreccia

(vers libres, comme l’air…)

Sahara – Vieux Nice

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Dans les nuits de grande solitude, il arrive parfois que les gardiens des songes dans leurs guérites s’assoupissent. C’est l’instant que choisissent les démons cachés sous les voiles ouvragés des intentions propices. Ils se lèvent et surgissent au sommet des dunes de la lune, en direction des précipices, brandissant les armes jusque là dissimulées sous leurs gandouras brodées. Ils arborent leurs chèches en coton roulés sur le front, et dégainent leurs cimeterres dentelés. Lentement, en silence, avides de sang, ils descendent vers la ville aux murailles endormies élevant les fers au dessus de leurs têtes.
Sans bruit, corps noués ils glissent sur le sable comme des nefs de sel . Scorpions amers, chacals patients retenant leurs cris, ils envahissent les pistes, comme avant eux leurs frères de Carthage, ils ont dans l’âme la haine de l’étranger. Ces ombres assoiffées de débauche s’engouffrent dans les ruelles étroites et blanches où plus personne ne veille. Ils longent les jardins engourdis où de stupeur l’eau des fontaines se fige, et sous les moucharabiehs des belles alanguies, tels des fantômes ils se dressent aux aguets. Dans leurs yeux se lisent les désirs coupables que les dieux bannissent, la nuit complice les protège et leur livre leurs proies. En silence, ils attendent le signal du carnage dans l’ombre du minaret….
C’est l’instant que choisit ma voisine indélicate pour ouvrir ses volets…

Toussaint Sbreccia