Trois tristes tigres de Guillermo Cabrera Infante


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Le mot de l’éditeur
Somme culturelle qui rassemble tous les types urbains de La Havane nocturne et dépravée, ce livre est avant tout le roman du langage. Les trois tigres des Tropiques pas si tristes sont, en fait, quatre comme nos Mousquetaires : Silvestre l’écrivain, Arsenio Cué l’acteur, Códac le photographe et Eribó le joueur de bongo, qui gravitent autour d’un personnage emblématique, Bustrófedon – que l’on ne perçoit pratiquement que comme une voix. Tous ces personnages évoluent dans le même monde : La Havane d’avant la Révolution, métropole nocturne, monde trouble, humide, torride, déliquescent, clos sur lui-même.

Le mien :

Faire connaissance avec Guillermo Cabrera Infante en écoutant un disque d’Omara Portuondo, et on est transporté loin, tres loin. Et si l’on choisit le passage» elle chantait des boléros» c’est l’accord complet entre musique (pas trop fort le son, j’ai dit le son pas le «son» ) et l’écrit.
On suit Codàc le photographe des chanteurs et théâtreux, qui hante les hotels et cabarets, tel le Las Vegas (devenu de nos jours cabaret de transformistes, eh oui Fidel a vieilli) punto

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Avant la Revolution le personnage de Cabrera Infante y écoutait les chanteuses de boléro. Ce passage que j’ai choisi en premier en souvenir du mois passé à Santiago à hanter la Casa de la Trova près de la Cathédrale m’a replongé dans ce que je cherchais à Cuba, ce retour dans le passé que les cubains vivent contraints et forcés, mais aussi souvent consentants car ce sont leurs racines,qu’ils entretiennent tant bien que mal, comme a su le demontrer Ry Cooder en ressussitant le Buena Vista Social Club (dire clou ça fait branché). Cabrera Infante avec ses personnages nous fait replonger dans cette époque, grâce à son verbiage,à la foultitude de ses mots et expressions, sa truculence, son rythme souvent trivial, imagé, asphyxiant, qui vous laisse tout juste respirer. Un zest de Gutierrez avant l’heure. pour émerger au delà de la Révolution, mais le mieux c’est que je mette un extrait, pour découvrir le Cuba profond, celuin que l’on trouve encore au fond des coeurs, à La Havane, à Santiago, mais aussi au fond des campagnes (avec les chants paisanos) comme à Melena del sur, province de Mayabeque,où en soirée le village avait organisé une fête de la chanson, des chansons que les cubains ont encore au fond des coeurs, malgré notre modernisme, celui qui parle à l’âme et qui est éternel, celui que l’on côtoie lorsque l’on ne cherche pas à juger, mais que l’on cherche, tout simplement.

l’extrait :
«C’est fini, place à la musique. Et sans musique, je veux dire, sans orchestre, sans accompagnateur, elle s’est mise à chanter une chanson inconnue, nouvelle, qui sortait de sa poitrine, de ses deux énormes mamelles, de sa bedaine bidonnante, de ce corps monstrueux, et elle m’a fait presque oublier l’histoire de la baleine qui chanta à l’opéra, parcequ’elle mettait quelque chose de plus qu’un sentiment faux, feint, sucré, sentimental dans sa chanson, sans aucune niaiserie sirupeuse, aucun sentiment commercialement fabriqué du feeling, mais un sentiment véritable et sa voix était douce, pâteuse, liquide, d’huile maintenant, une voix colloïdale qui s’écoulait de son corps comme le plasma de sa voix et soudain j’ai eu le frisson. Cela faisait longtemps que quelque chose ne me touchait ainsi et j’ai commencé à sourire à haute voix, parceque je venais de reconnaître la chanson, à rire aux éclats parce que c’était Nuit Blanche, et j’ai pensé, Agùstin Lara, tu n’as rien inventé, tu n’as rien composé, cette femme est entrain d’inventer ta chanson maintenant : viens demain, recueille-la, copie-la et donne-lui à nouveau ton nom : Nuit Blanche est en train de naître cette nuit.»

 

 

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